Action égalité Femmes-Hommes, grande cause du quinquennat

Grégoire D. Brigadier-chef de police

Grégoire D. Brigadier-chef de police

  • Présentez-vous en quelques mots, quelles sont les caractéristiques de votre métier ?

Je suis brigadier-chef de police, responsable du Bureau Départemental d’Aide aux Victimes qui met en place, crée et entretient des liens de partenariats avec les associations conventionnées par le ministère de l’intérieur de façon à mettre à disposition des victimes un réseau associatif qui leur permet d’être accompagnées sur le plan judiciaire et psychologique dans les démarches consécutives à la plainte.
Nous avons aussi des intervenants sociaux au commissariat pour aider les victimes dans leurs démarches à l’issue de la plainte.
Il est essentiel que l’institution policière en collaboration avec la justice se mettent de plus en plus à la portée de la victime.
Les violences à caractère sexuel en particulier sont fréquemment associées à des notions de honte qui vont être un obstacle au dépôt de plainte : venir devant un inconnu, en uniforme, qui représente la puissance publique, cela peut poser des difficultés. C’est dans ce cadre que ce réseau s’est mis en place parce que les professionnels ont compris qu’une victime de violences sexuelles prise en charge psychologiquement, accompagnée pendant tout le process judiciaire est plus présente et peut se réparer, se reconstruire plus vite, avoir à nouveau accès à la défense de ses droits, demander activement justice. La parole de la justice rendue par la suite n’en a que plus de valeur pour la société.

  • Quel est votre rôle auprès de ces femmes victimes d’agressions ?

Mon rôle est un rôle de facilitateur. Il consiste à créer du lien entre les associations et les services de police. Ce qui a pour effet une amélioration significative de la prise en charge de ces victimes.
Mon rôle est aussi de former et d’informer les policiers pour qu’à leur tour, ils deviennent des professionnels conscients de leur mission de mise à disposition du réseau, de son impact sur la victime.
Lors de ces formations, on présente le dispositif au sens policier puis on présente de manière synthétique les mécanismes à l’œuvre dans le cas des violences intra-familiales : pourquoi la honte, pourquoi tant de retraits de plainte ?
Pour les violences conjugales, on s’intéresse à l’aspect pénal, on envisage les infractions qui peuvent être commises et ce qu’on peut faire face à elles sur le plan humain. On fait la présentation de tout le réseau associatif. On explique les prérogatives de chacun.

  • Quel est l’enjeu principal lors d’une prise en charge

L’enjeu est multiple mais le principal, celui auquel on est formé dès qu’on entre en école de police, c’est interpeller l’auteur des faits pour le mettre à disposition de la justice.
Cependant, depuis la mise en place de la notion d’aide aux victimes depuis 2000 et l’absolue nécessité de remettre la victime au centre du procès pénal, l’enjeu est aussi la prise en charge de la victime, son accompagnement psychologique, le fait qu’elle connaisse et soit restaurée dans ses droits.

  • Collaborez-vous avec le 3919 ?

Si nous n’avons pas de lien direct, je le mentionne au cours de chacune de mes formations, chaque semaine. Proximité, possibilité d’écoute depuis le domicile de manière anonyme, c’est un service extrêmement important.
Les orientations sont faites vers les associations compétentes.
Nous sommes en lien indirect aussi parce que je suis en lien avec les associations partenaires du 3919.
Ces liens entre les associations et les correspondants locaux « aide aux victimes » facilitent la prise en charge aide des victimes et le côté judiciaire est mené de manière plus humaine.

  • En quoi l’appel au 3919 répond-il aux besoins d’une femme qui a subi des violences sexuelles ?

L’intérêt majeur du 3919 c’est la mise à disposition d’un service d’écoute, anonyme, par un simple appel qui en outre propose un accompagnement sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Et c’est un numéro facile à retenir et gratuit. La notion de contrôle de l’auteur des violences est pleine et entière. Or le fait que l’appel soit gratuit, c’est la certitude que l’auteur ne sera pas au courant de la démarche.

- La place de l’écoute est centrale dans la démarche du 3919. Est-ce que parler, mettre des mots sur l’agression, est le début incontournable du combat à mener pour s’en sortir ?

Oui, c’est pour ça qu’il y a des psychologues dans les commissariats. Nommer ce qu’on subit, c’est essentiel pour la reconstruction. La parole est médicament, elle soigne.

  • Percevez-vous, en tant que policier, des bénéfices immédiats pour les victimes à entreprendre des démarches judiciaires ?

Oui, venir porter plainte, c’est prendre conscience de ce qu’elles ont à disposition le 3919, de nombreuses associations. Le fait de venir en parler à l’extérieur, c’est le début de la prise en charge, de la reconquête de leur personnalité.

  • Le 3919 peut-il avoir un effet sur les violences faites aux femmes, contribuer à endiguer le phénomène ?

Dès qu’on commence à en parler, on améliore la perception du phénomène. La facilité inhérente au 3919, cette possibilité à domicile de s’ouvrir au monde extérieur permet à la société d’améliorer sa perception du phénomène pour pouvoir mettre les moyens adéquats en œuvre.