Action égalité Femmes-Hommes, grande cause du quinquennat

F.G, vice-procureure

F.G, vice-procureure

  • Quelle est votre place dans le processus de prise en charge des victimes ? A quel moment intervenez-vous ?

Chargée de mission, je représente le procureur dans différentes instances, notamment dans la commission départementale d’action contre les violences faites aux femmes. C’est un partenariat qui regroupe les différents services de l’Etat, notamment la justice, les services de police et les associations spécialisées dans la prise en charge des victimes.
En tant que vice-procureure, je pilote la sous-commission sur la prise en charge judiciaire des victimes de violences conjugales.
Mon contact avec les victimes commence à l’audience.

  • Quel est votre rôle auprès de ces femmes victimes d’agressions sexuelles ?

Au sein de la commission départementale, mon rôle est de coordonner, d’animer, de travailler en réseau avec les services de police et les associations qui ont reçu les victimes.
Notre but est de bien faire comprendre à tous les acteurs le rôle de la justice, le processus judiciaire, aux associations ce qu’on attend d’elles pour aider les victimes à déposer plainte, à monter un dossier. La notion de travail en réseau est fondamentale.
Et on doit s’assurer qu’il y ait une bonne procédure de police, qu’elle tienne et que des poursuites soient exercées à l’encontre de l’auteur.

- Quels sont, selon vous, les besoins primordiaux/ les attentes des femmes victimes de violences sexuelles ?

Ce que je vois à travers les rencontres avec les associations ou les services de police, c’est que les femmes attendent d’être écoutées, soutenues, aidées financièrement mais surtout, elles ont besoin de bénéficier d’une prise en charge de soins nécessaires pour les aider à surmonter le traumatisme de viol.

  • Pourquoi beaucoup de femmes ne déposent-elles pas plainte ?

Quand des femmes sont violentées dans le couple ou au sein de la famille, elles ont peur des réactions de l’auteur, peur de se lancer dans une procédure judiciaire dont elles ne sont pas sûres des suites. D’où l’importance que tous les acteurs soient bien formés afin de les aider au mieux.
D’où l’importance aussi des campagnes menées sur le territoire par l’Etat, qui est aussi un travail de prévention : il ne faut pas rester isoler, il faut vous faire aider.

  • A quels types de violences êtes-vous confrontée ?

Très souvent à des violences conjugales ou exercées par un ex-compagnon
Le plus difficile dans les cas d’agressions sexuelles, de viols, c’est quand ça se passe à l’intérieur de la famille, du couple ou dans le monde du travail.
Dans l’entreprise aussi il y a beaucoup plus de violences sexuelles qu’il n’est dit. Parce que les victimes ont peur de ne pas être crues, de ne pas être soutenue, d’être licenciée.
De fait beaucoup ne portent pas plainte.

  • Quel est pour vous l’enjeu principal lors d’une prise en charge ?

Montrer que l’acte a bien été commis, donner tous les éléments, demander une peine pour que l’agresseur soit condamné. Il est très important pour la victime qu’elle soit reconnue comme telle. Que l’auteur soit poursuivi.

  • Quels sont vos liens avec le 3919 ?

Il arrive que des écoutantes m’appellent, demandent conseil. Pour le cas d’une victime, par exemple, qui n’arrivait pas à porter plainte. Alors je cherche à comprendre où ça bloque.
Les appels sont anonymes mais les écoutantes peuvent faire remonter l’appel afin que je vois où il y a des dysfonctionnements.

  • En quoi l’appel au 3919 répond-il aux besoins d’une femme qui a subi des violences sexuelles ?

C’est un numéro qui est là pour écouter les femmes, les conseiller, il répond aux demandes des victimes, les oriente vers les associations ou structures spécialisées. En outre, elles ont au bout du fil des écoutantes de très grande qualité.

  • La place de l’écoute est centrale dans la démarche du 3919. Quelle est la fonction de la parole ? Est-ce que parler, mettre des mots sur l’agression, est le début incontournable du combat à mener pour s’en sortir ?

Il est essentiel de mettre des mots sur l’agression.
Dans le monde du travail, parfois c’est seulement lorsqu’on en parle qu’on se rend compte qu’il y a eu viol, et pas seulement violence. Qu’il y a eu un viol donc crime. Comprendre ça, en en parlant, c’est prendre conscience du préjudice qu’elles ont subi, pouvoir petit à petit mettre des mots dessus, être prise en charge et que la justice condamne l’auteur.
Mettre un mot sur l’agression : « c’est un crime, il faut dire stop ». Et à partir du moment où on formule, où on arrive à mettre des mots, ça soulage. Il est indispensable pour une victime de violences sexuelles de parler, d’être écoutée, c’est très important, des lieux spécialisés existent.

  • Le 3919 est-il souvent à l’origine des démarches juridiques entreprises par les victimes ?

Ce numéro présente pour les victimes les avantages de l’anonymat. Pour celles qui ne veulent pas être stigmatisées comme victimes, il est indispensable d’avoir des lieux d’écoute anonymes comme celui-ci pour commencer, c’est un premier pas.

  • Percevez-vous, en tant que magistrat, des bénéfices immédiats pour les victimes à entreprendre ces démarches ?

Oui car elle est reconnue comme victime ! La victime ne connaît pas bien ses droits, alors elle ne sait pas trop et elle a peur de ne pas être crue. Alors quand la justice dit : on vous a crue, et non seulement on vous a crue mais on a condamné l’auteur car ce qu’il a fait est interdit, puni, parce que le viol est criminel, c’est très important pour la victime.