Ecoutante du collectif féministe contre le viol

Ecoutante du collectif féministe contre le viol

  • A quel moment vous appelle-t-on ? (tout de suite après les faits, longtemps après ?) Qu’est ce qui déclenche cet appel ?

Nous avons quelques appels dans l’urgence à la suite d’une agression qui vient de se produire. Dans ce cas, la victime est immédiatement invitée à prendre des mesures d’urgence en appelant police secours.
Beaucoup plus majoritairement, les appelantes sont des personnes ayant subi une agression sexuelle plus ou moins loin dans leur passé, d’il y a quelques semaines, quelques mois à plusieurs années. Il y a des choses qu’elles ne comprennent pas, des renseignements qu’elles cherchent, des problèmes dont elles n’ont pas réussi à faire part ailleurs…

  • Quelle est votre place dans le processus de prise en charge des victimes ? A quel moment intervenez-vous ?

Souvent, en début de parcours judiciaire, elles ont besoin de soutien parce qu’après avoir porté plainte, été entendues, il y a un vide.
Beaucoup de femmes aussi ne veulent pas porter plainte mais cherchent du soutien.

  • Quel est votre rôle auprès des femmes victimes d’agressions sexuelles ?

Offrir une écoute très active et très participative. On ne pose que des questions qui visent à les libérer, on cherche à trouver dans leur récit, tout ce qu’elles n’ont jamais réussi à dire et qui continue à leur peser. On leur montre tout ce qu’elles ont fait, on valorise leurs initiatives, on est un miroir à leurs actions.
Elles ont tendance à s’auto-inculper. En parlant, elles réalisent qu’elles ne sont pas coupables mais victimes d’un crime souvent prémédité. On sert de révélateur. Les agresseurs ont tous pour point commun de faire croire à la victime que c’est de sa faute. C’est ça qu’on va aller défaire. Dire « ce n’est pas de votre faute » ne suffit pas, il faut un travail de dialogue très profond pour que la victime le réalise d’elle-même.

  • A quels types de violences êtes-vous confrontée ?

Toutes formes d’agressions sexuelles et de viols : dans l’enfance, para-familiaux, agressions par autorité (camp de vacances, enseignant, dans l’entreprise…). Dans 83% des cas, la victime connaît très bien son agresseur et n’a pas de raison de s’en méfier.

  • Quels sont, selon vous, les besoins primordiaux des femmes victimes de violences sexuelles ?

Les écoutantes au numéro vert national Viol Femmes Information, animé par le Collectif Féministe Contre le Viol, viennent d’univers très différents : certaines des métiers de l’éducation, des métiers de soins, des juristes, des assistantes sociales… L’intérêt pour nous est d’avoir une certaine pluridisciplinarité. Nous sommes toutes formées à la formation faite par le Collectif Féministe Contre le Viol puisque notre association a été la première à mettre en place des formations pour les professionnels sur l’accueil des victimes de violences sexuelles. Par exemple on a été la première association à rentrer dans les modules-formations des officiers de police judiciaire. Sur cette base-là on a créé tout un parcours de formation qui a à la fois connaissance des violences faites aux femmes, des spécificités des victimes de viol et d’agressions sexuelles, sur les recours juridiques, sur l’animation des groupes de paroles, sur l’ensemble des violences sexuelles autres, connexes, faites au femmes et aux enfants en général. Sur une base très pluridisciplinaire il y a une formation de culture commune avant de démarrer l’écoute à Viols Femmes Informations.

Cette compétence spécialisée est très importante car d’abord, le viol est un crime et non un délit. En outre, c’est l’effraction du plus intime du corps, il est très compliqué de parler de ça. Donc le plus important, c’est qu’elles soient crues immédiatement et sans aucune restriction, qu’elles puissent parler sans être regardées. D’où l’intérêt de l’intimité du téléphone et de l’anonymat, de la confidentialité.

  • Quels sont vos liens avec le 3919 ?

Nous collaborons avec la Fédération Nationale Solidarité Femmes puisque nous travaillons ensemble dans le champ de la lutte contre les violences faites aux femmes. D’ailleurs, nous leur orientons des appels de violences conjugales, comme le 3919 oriente vers notre ligne d’écoute lorsque la demande de l’appelante a trait spécifiquement à des violences sexuelles (viols, agressions, inceste…). Viols Femmes Informations bénéficie de 26 ans d’expérience dans ce domaine.

  • Comment aidez-vous ces femmes à agir, à avoir confiance en l’avenir ?

Une fois qu’on a expurgé le récit difficile, mis en lumière les stratégies employées par les agresseurs, on valorise leurs actions, on leur redonne la connaissance de leurs droits par exemple de l’aide juridictionnelle (toutes les victimes de viols ont droit à l’aide juridictionnelle contrairement aux victimes de délits qui y ont accès seulement si leurs revenus sont faibles), ou autres, en fonction de leur situation.
Elles ont une grande méconnaissance de leurs droits. On leur donne du choix, on valorise leurs initiatives, on ne leur donne pas d’injonctions, jamais.
Quand elles sont dans le judiciaire, on leur dit que c’est une bonne chose et on les aide mais quand elles ne le font pas, elles ne subissent aucun jugement de notre part. C’est un droit, pas une obligation.

  • Quels sont les recours des femmes victimes d’agression sexuelle ?

Ils sont de diverses natures.
Le pénal : porter plainte, avoir un avocat, être entendue en justice, participer activement en donnant le plus d’éléments permettant de faire établir la vérité, collaborer aux enquêtes…
Les soins : être soignée correctement. D’où nos partenariats avec des services de santé publique, centres de soins, CMP, PMI, Plannings Familiaux, où on sait qu’elles seront bien accueillies

  • Quels sont vos liens avec les professionnels (médecins, police, justice…), avec les associations ? Quels sont vos apports mutuels ?

Pour les accompagner au mieux, nous sommes partenaires avec des associations locales, et par elles, des bureaux de procureurs, des médecins, des services juridiques gratuits, plein de relais potentiels pour tel ou tel acte. Nous sommes dans des apports mutuels et complémentaires. Nous, on est un point de re-questionnement central qui a une vision d’ensemble parce qu’on est allé au bout du récit tout de suite. Mais tout au long de nos échanges avec les victimes, on les aide à trouver les autres bonnes aides dont elles ont besoin.
Par exemple, grâce au groupe de paroles, les victimes peuvent faire des progrès incroyables. Les femmes ont des capacités formidables, la remise en confiance donne des résultats extraordinaires, spectaculaires. Les femmes nous étonnent toutes au bout d’un moment. Elles ont une capacité de combativité exceptionnelle. On a une grande confiance dans les femmes pour s’en sortir. L’important est de savoir qu’on est pas victime à vie.