Dr. Catherine C. Médecin gynécologue-obstétricienne

Dr. Catherine C. Médecin gynécologue-obstétricienne

  • Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, décrire votre métier ?

Je suis gynécologue-obstétricienne praticien hospitalier.
A l’occasion de la préparation d’un colloque sur les violences faites aux femmes, nous avons réalisé une enquête dans le service de gynécologie-obstétrique et avons alors pris conscience de la fréquence des consultations pour ce motif, de la fréquence des violences chez des femmes qui venaient consulter pour un autre motif et qui, lorsqu’on les interrogeait de manière systématique révélaient avoir été exposées à des violences y compris sexuelles par le passé ou actuellement.

  • Quel est votre rôle auprès des femmes victimes d’agressions sexuelles ?

Mon rôle est de les prendre en charge dans l’immédiat pour évaluer le degré d’atteinte des violences.
Dans un premier temps, on encourage la femme à porter plainte. On l’informe de cette démarche, on lui en explique qu’à la suite de cette plainte, il y aura une réquisition qui lui permettra d’être prise en charge de manière très spécialisée au sein de l’unité médico- judiciaire.
On l’engage à appeler le 3919 en lui expliquant le soutien qu’apporte ce type de plateforme, le fait qu’on y est mis en relation avec des professionnels de l’écoute, qui sauront l’orienter et la soutenir dans ses démarches.
La majorité des femmes n’envisagent pas de porter plainte lorsque l’agression a eu lieu au sein du couple ou de la famille. Elles ont des difficultés à raconter les évènements, elles veulent parfois protéger l’agresseur, ont peur des représailles. Elles n’ont pas toujours l’énergie d’engager des démarches judiciaires dans la période de sidération où elles se trouvent. Donc notre rôle consiste en une prise en charge et un soutien psychologique.
Dans le cas ou elle n’irait pas, dans les délais à l’unité médico-judiciaire, nous devons gérer deux objectifs urgents : la protéger d’une contamination par le VIH par une trithérapie antivirale et prévenir une grossesse non désirée en délivrant une pilule d’urgence si les délais de consultation le permettent.
Enfin, selon la description précise de l’agression, on adapte notre examen en fonction de tout ce qu’on aura appris pour établir un certificat détaillé qu’on propose à la femme de lui remettre afin de l’encourager à un dépôt de plainte.
Si la femme ne souhaite pas porter plainte dans l’immédiat, notre rôle est alors de prévoir, de conserver les échantillons, prélèvements, qui peuvent servir à l’identification de l’agresseur. Nous avons une responsabilité médico-légale si la femme ne porte pas plainte immédiatement.

  • Quels sont selon vous les besoins primordiaux des femmes victimes d’agression ? Ont-elles des attentes particulières ?

Leurs besoins sont des besoins de santé, de police, de justice
Mais pour traverser ces phases, elles ont aussi besoin de soutien. Heureusement que le 3919 et les associations de prise en charge assurent une fonction de soutien psychologique, de guide, d’orientation et aident ces femmes à s’y retrouver.
Nous, professionnels de la santé, devons représenter une sécurité. On leur dit qu’elles sont dans un lieu sécurisé, que le dossier est confidentiel. On est là pour travailler à les aider mais pas contre leur volonté. On peut dans certain cas recourir à une hospitalisation courte de mise à l’abri pour qu’elles récupèrent leurs esprits dans un lieu sûr. Cela peut se faire dans l’anonymat.

  • À quels types de violences êtes-vous confrontée ?

Nous sommes souvent confrontés à des violences d’abord méconnues : des viols conjugaux qu’il va falloir dépister, repérer lors d’une consultation faite dans le service gynécologique, pour un autre motif. Là, la parole est particulièrement difficile, la femme tend à vouloir protéger l’agresseur.
Souvent aussi il s’agit d’un agresseur qui n’est pas le mari, mais qui est connu de la victime : petit ami, petit ami de la meilleure amie, beau-père…

  • Collaborez-vous avec le 3919 ?

Oui car nous engageons les femmes victimes de violences sexuelles à les contacter. Nous leur parlons du numéro, nous leur donnons des cartes sur lesquelles il figure. Nous avons des affiches avec le numéro au centre de planning, en salles de consultation.
Il arrive souvent aussi que pour encourager les femmes à la démarche d’appeler, on appelle en sa présence. Et il nous arrive d’appeler les écoutantes pour prendre conseils auprès d’elles, pour savoir vers quelles permanences orienter les victimes.

  • Comment percevez-vous l’apport du 3919 ?

C’est, en amont de la consultation du professionnel de santé, un rôle important pour diffuser auprès des victimes la connaissance du fait que l’agression sexuelle est un crime, que l’importance de la prise en charge est primordiale, qu’il ne faut pas subir, qu’on peut agir.
Quand on appelle le 3919, on franchit une première étape très salutaire qui est qu’on ne reste pas toute seule, on fait la démarche de chercher de l’aide. Ce qui est essentiel.